
L'ECRITURE DE SOI
Entrer en littérature par le récit de l'intime
AVANT-PROPOS
Les travaux d’écriture qui jalonnent ce recueil sont le résultat d’un semestre de littérature ~ FLE proposé par l’université Paris 1 – Panthéon Sorbonne répondant au thème de « L’ECRITURE DE SOI ». A destination d’étudiantes et étudiants étrangers, ce format de cours particulier, entre atelier d’écriture et réflexions sur le champ littéraire, invite à plonger au sein d’œuvres francophones du XXème et XXIème siècles, œuvres dont les espaces textuels et les figures du « je » viennent troubler la frontière entre vraisemblance et vérité.
Dans l’exploration de strates de l’écriture de l’intime, de l’autobiographie au témoignage en passant par le récit autofictionnel, le semestre s’est articulé autour de trois volets : la douleur de la rupture au monde[1], l’intime exilique[2] et le corps lié à l’histoire politique[3].
Avec cette perspective en triptyque, le groupe du semestre 1 de l’année 2022~2023 a livré des récits personnels dont la vraisemblance est plus que manifeste. Le degré de réalité de ces récits, en revanche, reste à la discrétion de celles et ceux qui les ont livrés. Ces derniers sont volontairement restés anonymes pour permettre d’ancrer ce dévoilement par l’écriture dans un cadre d’absolue liberté, un cadre dépourvu de tout jugement.
Les mouvements du recueil épousent ce triptyque. Le premier chapitre s’inscrit dans le sillage de l’appel de Sophie Calle : « Quand avez-vous le plus souffert ? », le mouvement suivant répond au questionnement : « De quoi vous sentez-vous en exil ? » ; le dernier chapitre est une réflexion sur le rapport que peuvent entretenir les mouvements législatifs d’un pays et les corps qui habitent son territoire.
Qu’il soit un palimpseste humain, une lecture de soi à l’envers, une part enténébrée de l’âme ou cette routine grammaticale qu’est le « moi »[4], le « je » de l’intime est ce mystère qu’il reste à conquérir. La voix cryptée de Novalis pourrait nous aider à circonscrire l’essence de ce recueil « Nous rêvons de voyages à travers l’univers ; l’univers n’est-il donc pas en nous ? Les profondeurs de notre esprit nous sont inconnues. LE CHEMIN MYSTERIEUX VA VERS L’INTERIEUR. »[5]
Redorer le blason des mystères, donc.
Traquer sa propre voix.
Faire taire le bruit.
Déconditionner l’Etre.
Et constater que « ce qui nous connecte pèse plus lourd que ce qui nous divise. »[6]
Marie Demestre
[1] Sophie Calle, Douleur exquise, Arles, Ed. Actes sud, 2003.
[2] Magyd Cherfi, Livret de famille, Ed. Actes sud, 2004.
[3] Edouard Louis, Qui a tué mon père, Paris, Ed. Seuil, 2018.
[4] Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, Paris, Ed. Gallimard, coll. Folio essai, 1971.
[5] Novalis, Grains de pollen, Oeuvres Complètes, Tome II, Paris, Ed. Nrf, 1975 in Georges Henein, “Conditions de la poésie II”, Le Caire, Don Quichotte, n°15, mai 1940.
[6] Kae Tempest, Connexion, Paris, Ed. de L’Olivier, 2021 [version française].
Toute ma gratitude à Anais Maria Francesco Greta Giorgia Chao Varduhi Thijmen Alexandra Luis Manuel Dajung Arinzechukwu Péter Anna Maximilian
Ji Sou Myrthe Francesca Filomena Hana Anna Helena Juhee Kateryna Bohdan Lukas
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